Transformer, transmettre, créer
Le papier végétal : une matière issue de la fibre
Le papier que nous fabriquons ne ressemble pas aux papiers industriels.
Il ne provient pas de cellulose standardisée, ni de procédés chimiques destinés à blanchir, uniformiser ou effacer l’origine de la plante.
Ici, la fibre reste visible, présente, assumée.
Chaque feuille porte la signature de la plante dont elle est issue : sa texture, sa couleur naturelle, ses irrégularités, ses forces et parfois même ses fragments.
Le papier devient alors une matière vivante, qui raconte son origine plutôt que de la dissimuler.
Travailler le papier végétal, c’est accepter que chaque plante donne une matière différente :
des feuilles épaisses ou très fines, des surfaces lisses ou texturées, des teintes douces ou profondes.
Cette diversité n’est pas un défaut : c’est ce qui fait la richesse de cette matière.
La pâte : un mélange de fibres, d’eau et de gestes
La pâte est le cœur du papier végétal.
Elle naît d’un équilibre simple : des fibres, de l’eau, et une succession de gestes qui transforment la matière sans la dénaturer.
Chaque fibre réagit différemment : certaines se délitent rapidement, d’autres demandent un affinage plus long, un battage patient ou un temps de trempage plus important.
L’eau joue alors un rôle essentiel : elle porte, sépare, assouplit, et permet à la fibre de devenir une matière fluide, prête à être étalée.
Préparer la pâte, c’est apprendre à reconnaître la bonne texture :
ni trop grossière, ni trop fine, suffisamment homogène pour former une feuille, mais encore vivante pour conserver la présence de la plante.
C’est un travail d’ajustement permanent : doser, observer, rectifier, recommencer.
La pâte n’est jamais tout à fait la même d’une plante à l’autre, ni d’un jour à l’autre.
C’est ce qui fait sa richesse : une matière en mouvement, qui oblige à rester attentive, précise et à l’écoute de ce qu’elle devient.
Les feuilles de papier : textures, transparences, densités
Une fois la pâte étalée, chaque feuille de papier révèle sa propre personnalité.
Selon la plante et la finesse de la fibre, elle peut être épaisse, légère, texturée, ou presque translucide.
Certaines feuilles conservent des fragments visibles de la plante.
D’autres deviennent plus régulières, plus homogènes.
Et lorsque l’affinage est poussé très loin, certaines feuilles de papier peuvent même être suffisamment régulières pour passer en impression jet d’encre.
Ce n’est pas une recherche systématique, mais une possibilité qui montre jusqu’où la matière peut aller.
Chaque feuille de papier est une matière unique :
un équilibre entre la plante, l’eau et le geste.
Au‑delà de la feuille de papier
La feuille de papier n’est pas une fin en soi.
Selon la fibre, l’épaisseur ou la manière dont elle est travaillée, elle peut devenir surface, volume ou matière structurée.
Certaines feuilles se prêtent au pliage, à la découpe ou à la superposition pour créer des formes légères.
D’autres, plus denses, peuvent être modelées, moulées ou assemblées pour obtenir des volumes plus solides.
La fibre elle‑même peut aussi être travaillée différemment, pour créer des textures, des reliefs ou des matières hybrides.
Ces formes ne cherchent pas à imiter d’autres matériaux.
Elles explorent simplement ce que le papier végétal permet, lorsqu’on le laisse évoluer autrement que sous sa forme plane.